Vous pouvez rester sur cette page pour lire la version française
ou
Cliquer sur l'un de ces drapeaux pour accéder à la version de votre choix

Voici, les premières pages d'un roman. Ce n'est que le prologue d'introduction qui est en lecture ici...

L'intrigue repose sur la visite de deux extraterrestres sur terre qui vont initier des événements médiatiques d'ampleur afin de préparer la population terrienne pour un combat décisif contre un ennemi non identifié qui décime dans l'univers toute vie sur les planètes habitées.

Ces extraterrestres sont en fait des personnages bien plus importants qu'ils n'y paraissent et proposent à deux terriens, qu'ils ont eux-mêmes secrètement sélectionnés parmi des centaines d'individus, d'intervenir avec eux dans l'espace, à travers diverses galaxies pour éradiquer ce mal sournois qui y décime toute vie humaine comparable à la nôtre. Le récit débute dans une ambiance de farce extravagante (mode martiens délurés et OVNI), évolue progressivement dans un contexte de pure science fiction pour se terminer en réflexion prospective, dans une ambiance empreinte de romantisme.

Ce couple d'élus représentera l'unique espoir de faire perdurer la civilisation humaine en tout point de l'univers. Ils seront destinés, au cas où leur mission d'éradiquer le mal inconnu échouerait, à repeupler d'autres paradis, tels de nouveaux Adam et Eve. En ce sens, on peut aussi parler de conte philosophique et de réflexion sur notre propre existence et l'évolution de l'espèce humaine.

Davantage qu'un simple roman d'aventure, il s'agit en fait d'un texte de reflexion et de prospective, très proche d'un conte philosophique et qui aborde la nature de notre propre existence, de l'origine de l'homme et de la femme (visions de la genèse et du néo-darwinisme), de la sexualité en tant que continuum de l'espèce humaine et, de son évolution probable dans les temps à venir.

Achevé en mai 2008. Réécriture début 2009. Actuellement travaux en cours sur les 4 traductions.

L'oeuvre a été protégée par enveloppe Soleau le 17 mai 2008

Merci,

 


Lorsque cette incroyable aventure débuta, telle une farce baroque et extravagante, j'étais loin d'imaginer ni l'ampleur, ni l'incroyable destinée qui m'attendait. En fait, dès les toutes premières péripéties, j'en avais conclu à l'une de ces mésaventures que certains d'entre nous côtoient une fois dans leur vie, puis, qu'ils tentent d'oublier au plus vite, tant l'étrangeté peut perturber leur entourage et générer des conséquences nuisibles sur leur propre existence. Bref, vus de l'extérieur, ces évènements étranges ne pouvaient recevoir le sceau de la crédibilité ! De là, à ce qu'ils débouchent sur un tel destin, celui qui allait faire de moi l'acteur principal d'une cause dépassant très largement le cadre de ma modeste personne, cela n'était guère prévisible.

De ce fait, ayant toujours traité les caprices de la vie avec recul et humour, lorsque cette aventure débuta, suite à une rencontre saugrenue, je fis de même, en prenant le parti d'en rire, car telle était ma nature. J'étais loin d'imaginer que des êtres improbables prendraient appui sur des traits acquis ou innés de ma propre personnalité pour façonner, à leur guise, les premiers fragments de ce récit. Tout ceci était insoupçonnable !


PROLOGUE


Ma fantastique histoire débuta ainsi.


De bon matin et comme tous les matins que Dieu fait, je sors mon chien. C'est un fantastique labrador à robe marron que j'ai appelé « Cheerac » en souvenir du nom d'une famille d'Arizona qui nous hébergea un soir de grande tempête. J'adore la bonhomie de cette race. D'après les recherches que j'avais entreprises à l'époque, elle serait originaire du Canada et apparue parmi les Inuits de la région de Labrador, à moins qu'il ne s'agisse, de pêcheurs de morue portugais qui l'introduisirent à Terre-neuve. Or, à l'époque de son acquisition, il y a quelques années, j'avais longtemps hésité entre un Brachet autrichien noir et feu, mais son regard de chien obéissant m'avait convaincu. Depuis, je ne regrette pas mon choix, il n'a ni défaut, ni vice rédhibitoire, hormis la gourmandise d'un chien curieux ou gourmet. En maître attentif, je le maintiens à son poids idéal d'adulte, ce qui fait qu'il a fière allure auprès des voisins et des demoiselles de race canine qui le convoitent du regard à chacune de nos promenades. Sans une surveillance quotidienne de son alimentation, il s'empâterait à vouloir dévorer tout et n'importe quoi, comme des biscuits, des chocolats, les restes du cassoulet du repas et que sais-je encore… Bref, c'est un animal de très bonne compagnie, un rien débile mais tellement affectueux et joueur...

 

Hier, dimanche, au cours de notre promenade quotidienne, nous avons fait une rencontre des plus étonnantes. Nous étions près de ce champ de maïs, dont la récolte a lieu juste avant les premiers frimas d'hiver, là également où d'énormes pylônes EDF balafrent d'un large trait de ferrailles hideux notre belle campagne du Val d'Oise. Cet endroit est une aire de jeu magique pour les gamins des environs qui s'y amusent, la nuit tombée, à allumer des néons en les hissant tous bras tendus, vers le ciel. La magie du lieu réside dans le fait que les néons s'illuminent de façon presque inexplicable grâce à la seule proximité de ces lignes à très haute tension, et la prouesse pour nos gamins est qu'ils réalisent une sorte de descente aux flambeaux en courant le long de ces champs de maïs.

Nous étions chacun dans nos observations routinières, Cheerac, au pistage de matières et autres liquides odorants, moi, à la découverte de quelques objets de civilisation dignes d'intérêt intellectuel. À cet instant, nous cheminions tranquillement le long d'un sentier peu fréquenté car boueux dès qu'il pleut trois gouttes, quand soudainement, nous nous sommes trouvés nez à nez avec deux martiens très stylés... Si si, je maintiens, c'est possible !

Le moment de stupéfaction passé, nos esprits revenus, il était temps d'analyser les spécimens. Il s'agissait de martiens, enfin je le supposai ! Tels qu'on peut les découvrir dans ces dossiers OVNI méticuleusement archivés depuis le milieu du vingtième siècle. Plus spécialement depuis la célèbre émission gag d'Orson Welles, ce 30 octobre 1938, à la veille d'Halloween. Ils étaient presque caricaturaux dans leur aspect physique, verdâtres, sans muscle, les yeux disproportionnés, vêtus d'une combinaison extrêmement seyante… et venus de l'espace grâce à leur désormais légendaire soucoupe volante pour étudier la Terre. Juste située derrière eux, je n'entrevoyais de celle-ci que la partie supérieure qui se dessinait à travers la rangée d'arbres qui bordait ce chemin isolé. Leur machine ne dérogeait pas à la règle tant je la devinais circulaire et d'une forme aplatie. Elle ne possédait aucun hublot apparent et était d'une teinte blanchâtre presque uniforme sauf son sommet, légèrement plat, qui brillait comme s'il avait été argenté et poli tel un miroir.

Ces deux authentiques martiens se sont placés devant nous et ont commencé à couiner ensemble. Mais, bizarrement et sans comprendre un traître mot de leur hermétique jargon, j'en déduisis facilement, grâce à leurs suggestions télépathiques, qu'ils souhaitaient que je leur prêtasse un tire-bouchon pour un breuvage qu'ils m'ont désigné être du Montrachet blanc 1992 fraîchement téléporté de chez le viticulteur bourguignon !

Sur le moment, hébété par l'étrangeté de la sollicitation, je ne cherchais pas à comprendre leur motivation. Des martiens épicuriens, tel votre serviteur, amateurs de grands vins, voilà qui était indéniablement singulier !

Heureusement, j'ai toujours sur moi, depuis mes agapes sommelières, l'outillage du parfait œnologue freelance. Pendant que j'extrayais de la poche de mon jean l'outil convoité par les deux créatures de l'espace, Cheerac reniflait soupçonneux les spécimens verdâtres en sautillant de l'un à l'autre, abêti, comme le jour de ses deux ans où il avait reçu sa girafe en plastique, jouet favori des bébés dès leurs premiers mois d'existence. À peine, posé l'accessoire salvateur, un superbe tire-bouchon décapsuleur de la célèbre marque Laguiole, dans la main du chef, enfin celui que je supposais comme tel, car il arborait une plus belle ceinture que l'autre spécimen et s'exprimait avec plus de diplomatie, qu'ils nous tournent les talons sans un seul remerciement, sinon une « bonne année » entendue, cette fois-ci, bien distinctement en ondes vibratoires et sonores et dans un français impeccable !

Heu… « Bonne année ? » Nous étions en plein mois d'août !

Cette rencontre, somme toute très convenable, avait dû durer guère plus de trois minutes. Mon chien Cheerac et moi les observâmes remonter dans leur soucoupe volante, sans qu'ils ne réalisent un seul mouvement, comme s'ils avaient été mus par un tapis roulant invisible. Puis, une fois à bord, presque instantanément, la soucoupe s'élança extrêmement rapidement dans le ciel. Tout cela se produisit sans un bruit, l'engin décrivit une trajectoire hésitante composée de superbes zig-zigzags à angles fermés, jusqu'à leur disparition totale dans les cieux. Nous demeurions figés une bonne minute après leur départ, à regarder le ciel de toute part, au cas où ils reviendraient pour d'autres menus services. Je songeais à dessein qu'il me restait encore la clef de contact de ma Lancia et un superbe briquet Cartier plaqué Or !

Depuis, je ne cesse de raconter cette histoire à mes proches. À voir leurs mines constipées et leurs sourires à peine esquissés, je me dis qu'il est grand temps de tirer un trait définitif sur ces inepties d'êtres divins venus de l'espace pour sauver notre belle planète d'un désastre écologique imminent, ou bien encore, stopper net tous les conflits déclenchés par nos pitoyables politicards va-t-en guerre (démocrates investis d'une mission divine, barbus autocrates ou oppresseurs de tous bords).

Finalement, je suis extrêmement surpris et déçu, ce sont des êtres très ordinaires, tout juste bons à siroter du Montrachet blanc, à amuser mon chien et à chaparder mon superbe cadeau de la fête des pères millésime 1996.

 

Un sale coup des deux truffes spatiales...


Je ne pensais plus les revoir, j'avais même décidé de changer le parcours de notre promenade quotidienne. C'est-à-dire, passer par les stands du tir à l'arc, longer la nationale sur l'étroit chemin herbeux en lisière des bois communaux où l'on rencontre parfois des chevreuils. Le problème de cet itinéraire champêtre réside dans le fait que mon chien aime beaucoup trop les chevreuils ! Mais...

Depuis notre rencontre avec les deux créatures de l'espace, j'ai noté un énorme changement dans mes relations avec Cheerac. Mon superbe labrador d'aimable compagnie, qui me permet, entre autres, de respirer de l'air frais matinal, et en cette période caniculaire, cela n'apparaissait pas un luxe mais une nécessité. Ces promenades me permettaient également d'actionner une partie de mes muscles qui n'auraient aucune activité par ailleurs. Or donc, celui-ci était toujours aussi joueur et affectueux, de ce côté, rien n'avait changé et c'était tant mieux. Mais, hier soir, alors que je regardais une niaiserie télévisuelle, comme trop souvent hélas, je l'ai surpris en pleine réflexion (chose très inattendue...). Il était couché sur le divan près de moi, son museau humide posé sur mes mollets et son éternel air de chien battu contemplant son maître. Eh bien, vous n'allez pas me croire mais j'ai saisi exactement mot-à-mot sa pensée.

« Qu'est-ce qu'il est con cet Ardusson, t'as pas l'impression qu'il nous vire au Jacques Murtain, toi ? »

J'étais pétrifié ! Cela m'a fait une drôle d'impression d'entendre mon chien en pleine pensée métaphysique. J'étais étonnamment connecté à ses facultés intellectuelles et ne réalisais qu'à cet instant précis qu'il était pourvu d'un cerveau, et que celui-ci était bien plus vaste que je ne l'avais imaginé auparavant. Du coup, je lui ai répondu :

« La ferme ! Cheerac... La neige a fondu, va t'aérer les bronches dans le jardin ! ». Cheerac n'aime pas la neige... !

C'est là que Môssieur se met à bailler à s'en déboîter les mâchoires.

« Tu te crois drôle, il fait encore au moins 20 degrés dehors ! Oublies pas de sortir la poubelle de la cuisine ce soir, elle pue... Je vais me coucher !!! » Rajoute-t-il, de nouveau télépathiquement, et sans un regard vers son vénérable maître.

En regardant mon chien pattouner interminablement son coussin en décrivant des cercles parfaits afin de s'installer confortablement pour la nuit, je me suis fait cette réflexion "mais, d'où connaît-il Jacques Murtain, ce clébard, il n'a que 4 ans !"

 

Notre seconde rencontre du 5e type !


Cheerac et moi sommes retournés, jour pour jour ce dimanche matin, au même endroit et à la même heure, 9H 05mn pour être précis, comme poussés irrésistiblement vers le lieu de notre premier contact extraterrestre. Une voix intérieure me répétait inlassablement ces mots « nous sommes là, nous sommes là ! ». Cheerac manifestait le même empressement de s'y rendre, comme lorsqu'il a son envie pressante de soulager ses intestins. Ils étaient effectivement là, lumineux, flottants à dix centimètres des brins d'herbe et nous attendaient comme s'ils avaient l'intime conviction que nous viendrions !

Il était évident que ces deux êtres venus de l'espace n'avaient rien à voir avec la race terrienne, même dans sa diversité ethnologique, ils étaient infiniment différents. Leurs yeux étaient disproportionnés et hypnotiques, leur teint était vert blanchâtre, leurs crânes bien plus imposants que les nôtres et le corps réduit au strict minimum, quoi qu'un peu bedonnant pour le plus grand et sans un poil de muscle apparent.


Le chef à la belle ceinture étincelante nous salue. Cheerac se jette débordant de joie, et assez lourdement, vers le plus petit qui ne bouge pas d'un iota, outre une grimace très expressive venue défigurer son visage.

« Nous avons quelque chose à vous montrer ! ».

Nous annoncent-ils sans le moindre mouvement de lèvres comme à notre précédente rencontre. D'un geste élégant, ils nous firent signe de s'approcher d'eux. Ces quelques pas nous rivetèrent subrepticement à leur tapis roulant invisible, puis, c'est totalement immobiles que nous fûmes aspirés vers l'objet volant, dont un seuil d'accès s'était nettement matérialisé en ligne de mire...

Le vaisseau faisait à peu près une vingtaine de mètres de diamètre. L'intérieur très lumineux était presque totalement désert de tout mobilier, objet ou instrument ! D'après les brèves explications de celui que j'avais désigné « le chef », la soucoupe serait équipée d'un rotor tournant à la vitesse de la lumière dans une chambre à vide formant un grand cercle de section circulaire autour du vaisseau. Au centre de l'engin, une sorte de cristal rayonnant puissamment servirait de poste de pilotage bien qu'aucun accès n'y ait été décelable. Le tore donnerait la cohérence temporelle au vaisseau, le cristal assurerait la cohérence ondulatoire !


Cette technologie, ainsi expliquée, était bien trop évoluée à mon goût pour m'arracher le moindre commentaire, quand bien même il c'eût agi d'une vague opinion à propos du stylisme de la chose. Elle permettrait de réaliser, indifféremment, des voyages dans le passé et le futur. Ne m'en demandez pas plus, je n'avais rien assimilé à leur savant discours et m'étais contenté d'acquiescer poliment à toutes leurs sympathiques descriptions dictées a priori par des règles de pure convivialité.

Après cette entrée en matière, ils m'invitèrent à m'asseoir autour d'une table circulaire accompagnée de ses trois sièges, apparue subitement devant nous, comme surgie du sol. À peine assis, mon magnifique tire-bouchon et dix bouteilles des crus les plus prestigieux apparurent, là encore, par magie devant nous. En scrutant les étiquettes, je découvris un vin de glace allemand, un exceptionnel Barolo italien, un Château Yquem de la meilleure cuvée, un Ausone 1996 qui comme tout le monde le sait, est un des meilleurs Saint-Émilion, un Pingus 97 (issu d'un domaine espagnol réputé mondialement), un Penfolds "Cabernet Sauvignon" australien de 1996, un Lafite-Rotschild de 96, Pauillac de renommée mondiale… Bref, il y avait là un échantillon de grands crus, les plus réputés internationalement !

 

Mais comment étaient-ils aussi passionnés et pointus en matière de vin ? Je n'en avais pas la moindre idée ! Une seule constatation, je détenais en moi, un capital culturel et une solide formation viticole qui me permettait d'apprécier un tel choix de fabuleux breuvages.

Cheerac, dégoûté de tant d'attention à mon seul égard, était parti renifler chaque parcelle de l'écuelle volante à la recherche d'une empreinte femelle.

Vous me croirez si vous voulez, mais ces deux gourdasses spatiales n'avaient même pas su actionner le tire-bouchon et nous étions, de nouveau, leur providence. Peut-être un manque de muscles ou de doigté pour le manipuler. Certaines humaines n'y arrivent pas, alors... Pourquoi pas, des martiens en goguette !

J'extrayais donc religieusement le bouchon de la première des bouteilles fraîchement téléportées sous mes yeux. Il s'agissait du prestigieux Château Yquem que je manipulais avec grand respect pour en effectuer le service. Je versais le précieux breuvage, successivement dans les trois verres de dégustation, apparus eux aussi, quelques fractions de seconde avant que je m'empare du prodigieux flacon. Les deux créatures s'empressèrent de vider leurs verres. Moi, j'étais déjà ailleurs, savourant et malaxant avec émerveillement et extase cet immense chef-d'oeuvre de la viticulture française. Son bouquet exaltait l'exemple-type du « rôti » qui caractérise un très grand Sauternes et dont Yquem en est la plus flatteuse expression. Notes vanillées sur fond de fruits très mûrs de raisin botrytisé. En bouche, une fraîcheur étonnante avec des arômes d'ananas, de tabac, de vanille, et dont l'apothéose s'illustrait par une longueur en bouche impressionnante. La téléportation n'avait en rien entamé les qualités du chef-d'œuvre, c'était une évidence. En fait, j'étais au paradis ! Lorsque j'ouvris de nouveau les yeux, les deux énergumènes spatiaux me dévisageaient d'un air délibérément impatient et énervé.

Puis subitement, ils éclatèrent de rire pour se reprendre aussitôt et m'indiquer, autoritairement, la bouteille suivante. À peine remis de mes émotions, je m'empressais d'extraire le bouchon du Château Ausone et j'en versais un plein verre à chaque créature de l'espace qui examinaient mes faits et gestes avec un certain plaisir. Sa robe était d'un rouge modérément soutenu, avec quelques reflets orangés. Le nez était fin : fruits cuits, guignolet, cuir neuf et même de la mine de crayons. À l'évolution, un tout autre registre s'affichait déjà, des fleurs coupées, de la truffe noire, de la morille. Il me faisait penser à un Pomerol. La bouche était suave, d'une grande distinction, sur des fruits compotés et des flaveurs de sous bois. Des tanins très présents, ils étaient fondus et serrés, la finale était fumée sur des notes de bois exotique et de thé… Lorsque que j'eus terminé ma dégustation, mes étranges compagnons me fixaient, cette fois-ci avec de la curiosité dans le regard, mais imperturbables, le doigt de nouveau dirigé impérialement vers la bouteille suivante. Je me demandais sincèrement s'ils prenaient le temps d'apprécier ces chefs-d'oeuvre à leur juste valeur !

Le Barolo libérait un fort nez de violette et de cassis et faisait très Côte de Nuits. La première gorgée fût très rêche, puis fort sèche en finale. L'ensemble délivrait une expression entre un vin bordelais dans sa structure et sa profondeur et un bourgogne quant à sa palette aromatique. Puis après quelques agitations et tourniquets exercés sur mon verre, le breuvage prit une autre allure en bouche, totalement arrondi et regorgé de fruits tels certains Côte de nuits. C'était indiscutablement un grand vin de garde.

La dégustation se déroula, de la même façon, pour les crus suivants, c'est à dire à une allure de cheval au galop et mon esprit d'observation ainsi que ma concentration commencèrent à se troubler dès la quatrième bouteille. Mais je me forçais de tenir le rythme infernal jusqu'à la dernière merveille du lot, car me disais-je, jamais de ma vie, je n'aurai l'occasion de recommencer une telle dégustation. Ni même, j'en suis convaincu, dans les meilleures opportunités d'un sommelier, fût-il champion du monde médaillé d'or !

J'ai quand même eu l'impression qu'ils étaient sévèrement imbibés lorsque toutes les bouteilles furent vidées. C'est notamment, à ce moment, que j'appris de l'un d'eux, qu'ils étaient venus en infraction sur terre pour connaître tous les plaisirs primitifs de notre civilisation naissante et, qu'en fait, le chef à la belle ceinture s'appelait "Enkorun", c'était le mâle et le petit "Keleotrenoronpa", la femelle. Quels drôles de noms, n'est-il pas ?

Et puis, subitement... mes neurones s'enlisèrent dans un coma profond.

Bien plus tard, on s'est retrouvés tous les deux allongés sur le divan de notre salon, moi, mon tire-bouchon à la main et Cheerac un objet inconnu dans la gueule. La télévision était allumée, j'y jeta un œil furtif, Sasha Druquer et Pédro Machias sirupaient grave à l'écran. C'était comme d'habitude, passées les premières secondes du show, d'un ennui mortel digne des pires soirées soporifiques d'antan où l'ORTF, chère au Général De Gaulle, nous accompagnait jusqu'à 22h30 avant l'extinction des feux médiatiques de l'unique chaîne télévisuelle française du PAF. Heureusement en ce début de XXIe siècle, nous, français, pouvons zapper allègrement sur une petite vingtaine de chaînes numériques et pour peu que l'on possède un abonnement TV par satellite, toutes les chaînes du monde sont à notre portée. Ceci est vrai également par l'Internet avec les streaming gratuits de chaînes locales qui nous viennent en toutes langues et de tous pays.

Atteint d'un profond ennui à la vue de ce triste spectacle, je regardais ma montre et je constatais stupéfait que notre absence avait duré plus de six heures !?!

Nos estomacs criant famine, je décidais de vaquer à mes occupations quotidiennes. Préparer une collation, prendre une bonne douche et espérer que la prochaine nuit, selon l'adage, me porterait conseil en m'éclaircissant la mémoire.


Lendemain de fête...


Hélas, rien n'y fit, en entamant cette nouvelle journée, je ne cessai de m'interroger sur ce que j'avais bien pu faire, durant plus de six heures, chez les folles de l'espace. Cette mémorable dégustation n'avait dû, en aucun cas, excéder l'heure ! En fait, c'est mon gentil toutou Cheerac, savant et s'exprimant télépathiquement depuis peu avec son maître, qui m'expliqua l'affaire. Il s'était tapi dans le vaisseau, durant ce fameux entretien et avait pu observer toute la scène. D'après lui, après la mémorable séance de pochetronnage collectif, je me suis subitement endormi, aidé par les divins breuvages et surtout à l'aide du Starac22 un puissant somnifère naturel de la planète « Thefun ». Il a été introduit dans mon dernier verre par les petits hommes verts au moment où ma lucidité commençait à vaciller. Durant cinq heures, j'aurai servi de cobaye à la Miss spatiale. La pauvrette a dû tester plus d'une centaine de foufounettes diverses et variées pour s'adapter à mon machin. Ah oui, j'ai oublié de vous dire que selon Cheerac, ces extraterrestres sont apparemment montés en kit !

En fait, ils disposent à loisir de pièces de rechange au cas où l'une d'elles se trouverait endommagée pour cause de vétusté ou bien suite à un accident organique quelconque.

Ces deux truffes sont donc immortelles… Ça fait froid dans le dos d'apprendre ça !

Mais bon, soyons confiants ! J'ai vérifié ce matin, avec grande attention, et apparemment, il ne me manque rien. D'ailleurs, n'ai-je pas eu mon érection matinale quotidienne !

Par contre, ce qui m'intrigua davantage dans cette aventure, c'était l'objet que j'avais repéré dans la gueule de Cheerac, juste à l'instant de notre réintégration dans le salon alors que nous étions face à la télévision allumée. Objet que j'ai enfin retrouvé ce matin, sous son coussin, en faisant le ménage. Sur la face la plus plate, on peut lire, entre diverses inscriptions inconnues et non répertoriées de nos savants ouvrages linguistiques, une mention étrange : " Traducteur universel… époque postnapoléonienne" ainsi qu'une mention faisant certainement office d'une marque au nom de "Jadzia". Voici donc brièvement décrite l'antiquité dérobée par Cheerac dans la vitrine archéologique des deux énergumènes spatiaux.


Le bordel commence...


Aidé de mon fidèle Cheerac, l'engin dérobé aux étranges créatures, commence à dévoiler ses secrets, il s'agirait d'un traducteur de langages intergalactiques comportant 250000 langues parlées à travers l'univers, avec fonctions avancées d'idiomes locaux. L'appareil est maintenu à une température constante de 17,8 degrés centigrades, un voisin expert en thermomètres scientifiques et autres détecteurs de température, climatologue de métier, m'en a confirmé la précision par la suite. Il ne dispose d'aucun bouton de fonctionnement, sinon de quelques zones de couleurs légèrement différentes. En pressant l'une d'elles, une sorte d'écran apparaît instantanément et s'affiche dans le vide à la verticale du boîtier. C'est un écran de très belles dimensions, de la taille de mon téléviseur japonais et dont l'image est d'une précision phénoménale. Alors même qu'elles défilent rapidement, ces informations sont assimilables aisément par l'utilisateur ! Ce qui permet de penser qu'il ne s'agirait pas d'un affichage ordinaire, tel qu'on les fabrique sur Terre. L'engin est capable de synthétiser une langue inconnue à partir de quelques phrases et d'en reconstituer une autre à l'aide de quelques paramètres encore difficiles à cerner. Comme j'ai mon repassage, ma vaisselle, ma saillie avec la voisine et mon ménage à terminer, j'ai laissé Cheerac décoder l'engin. Apparemment, il s'amuse comme un fou, il est en train de dialoguer télépathiquement avec Chouny et Ragnagna notre couple de souris de laboratoire. Il est venu tout à l'heure me dire qu'il y avait de l'eau dans le gaz chez les rongeurs et que mademoiselle Ragnagna souhaitait avoir sa cage personnelle, car les grossesses tous les vingt jours avec un obsédé du cul incapable de l'épouser, ça ne l'intéresse pas du tout comme perspective d'avenir. J'étais loin de me douter que les rongeurs eussent des préoccupations identiques à nous humains !

Le surlendemain, à peine levé, voilà un premier, puis suivi de peu, un second voisin qui vient se plaindre de Cheerac. Ils carillonnent à ma porte puis m'invectivent avec courtoisie, l'un d'eux ne veut plus que Cheerac le salut, même poliment, le matin. D'après l'autre, Môssieur organiserait, sous ses fenêtres, des réunions sauvages et bruyantes avec toute la gente canine et féline du quartier. Déjà certains comportements inhabituels auraient été observés. D'ailleurs, affirment-ils tous, les animaux ont un comportement extrêmement bizarre depuis quelques jours. Selon ce même voisin, Julie, la petite chatte blanche des Gondrand, aurait ouvert le réfrigérateur pour servir, aux copines de passage, la dinde familiale du week-end acquise chez le meilleur traiteur que l'on ait dans la région !


Pour clore le tableau de ces festivités délirantes, il y a une dizaine de hamsters appartenant à la petite Clotilde qui se construisent un abri anti-atomique contre la maison des Bertrand, un sympathique couple de retraités, ses voisins.

 

.

 

Une technologie futuriste tombée du ciel...


Comme vous pouvez le deviner, en l'espace d'une semaine, les effets du traducteur universel se révélèrent malencontreusement irréversibles, comme si la découverte du langage par nos petits compagnons favoris, s'était accompagnée d'une transformation radicale de leur intelligence avec l'accès immédiat à des connaissances présupposées acquises car jointes, d'office, à toute utilisation de l'engin.

Ainsi, depuis cette unique semaine et apparemment grâce aux nouvelles aptitudes de nos différents animaux domestiques, nous disposons d'une guitoune en béton de 30 mètres de haut, établie à l'entrée des pavillons avec radars terrestres, aériens et même galactiques (les coordonnées de nombreuses planètes y seraient inscrites). Un splendide muret bicolore de trois mètres de haut, ceint l'ensemble pavillonnaire. Quelques DCA automatiques à protons ont fait leur apparition devant les maisons des Philipps, Billgates et Vieillefrance. Déjà, on observe une foule ébahie aux abords de la résidence. Les curieux viennent en famille, sandwichs à la main, juchés sur les branches des platanes alentour, ils contemplent à satiété la moindre activité locale et je peux vous dire que le spectacle est grandiose. Je n'ai vu ériger aucune de ces installations, toutes sont apparues en une seule nuit, puis étaient investies par nos animaux domestiques ! Pollux, l'épagneul breton de Monsieur Touvier, et Lisa, la chienne de Madame Thomas, devenus inséparables leur jettent des cacahuètes pour passer le temps entre deux saillies.

Pour l'occasion, Cheerac s'est fait construire une sympathique petite résidence secondaire au fond de mon jardin. Il a aussi engagé un majordome très stylé, le splendide dalmatien de Mademoiselle Laurens et une cuisinière « Lulu » le labrador un peu enrobé, il est vrai, des gens qui habitent au 45 de ma rue, au dire de Cheerac. De réels inconnus pour moi, qui m'intéressais peu au voisinage jusqu'à maintenant. Il faut vous dire qu'aucun humain, à part moi, n'a été en contact avec l'incroyable chose de l'espace, aussi je soupçonne Cheerac d'avoir sérieusement abusé de son nouveau jouet auprès de ses amis durant ses multiples promenades en solo.


Moi je vous le dis, ça va mal finir cette affaire !

La coupe était pleine, dimanche prochain j'alerterai d'urgence les deux mafieux spatiaux. Ils me trouveront bien une astuce pour limiter les dégâts de ce diable d'engin bâtisseur, mais terriblement dévastateur en termes de relation de voisinage, en espérant de cette entrevue, un retour à la normale toute affaire cessante.

Coupés du monde extérieur !

Trop tard... La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre, nous sommes tous consignés et astreints à une quarantaine "sanitaire" pour des motifs aussi pertinents que "trouble à l'ordre public", comportements hors norme, et bien d'autres motifs ou prétextes scientifiques. L'annonce a été diffusée au mégaphone, très tôt ce matin, par le Préfet en personne, protégé par un cordon démesuré de gardes mobiles. Cette mesure prenait effet instantanément et nous étions tous confinés d'office, pour une période déclarée de 40 jours. Cette mesure de sauvegarde s'appliquait sur notre seule résidence constituée d'une centaine de pavillons sans grand standing. La zone fut qualifiée illico « secret défense », des panneaux soudés, labellisés « zone dangereuse, d'expérimentation militaire » furent érigés tout autour du périmètre de notre îlot de maisons. Ce qui fait que je ne pourrai rencontrer, dimanche, les deux folles de l'espace.

Actuellement, des hommes en combinaison blanche et masque de survie déambulent dans les allées de la résidence, armés de leur technologie de pygmées scientifiques du 21ème siècle, cherchant plus à impressionner nos consciences qu'à solutionner l'insoluble. Le canon d'un char d'assaut pointe la fenêtre de ma cuisine. Surpris en pleine nuit, nous n'avons pu utiliser les batteries au proton qui sont désormais recouvertes par des tentes militaires et examinées avec minutie par les meilleurs scientifiques militaires, tous pays confondus.

Mais que vois-je ? Le Président des Etats-Unis en personne, accompagné de quelques pointures de la CIA se dirigent vers ma maison ! Mais où sont nos illustres élus français ?

« Bonjour, Président ! »  Lui dis-je poliment au seuil de ma porte en lui tendant ma main très civilement. Il avait certainement été guidé, ici, par mes voisins, car tous savaient que les premiers signes de cette transformation radicale y étaient apparus par le comportement incroyablement extravagant de mon chien.

- Il suffit, je n'ai pas de temps à perdre en politesses ! Sa visite n'était pas protocolaire, ni officielle, mais tout de même, quel langage inadapté, me dis-je fâcheusement déconcerté.

- Où cachez-vous vos laboratoires ?

- Mais nous n'avons point de laboratoire votre sainteté !

- Tu nous prends pour des comiques ?

- Non… votre honneur !

- Bon… vous ! Fouillez partout et trouvez-moi cette technologie aberrante » Ordonne le cow-boy international.

- S'il vous plaît votre magnificence, c'est que j'ai ma boutique à ouvrir, moi !

- T'auras 1500 euros par jour de dédommagement… ça te va petit français !

- Heu… oui bien sûr.

- Vous pourriez en ajouter un peu plus parce que je comptais refaire mon plafond et … 

- T'es un dur en affaires toi, mais j'aime ça ! Me fait le Président des Etats-Unis.

- Bon, va pour 2000 euros-jour, mais je te préviens, on viendra plus tard se servir dans ta boutique et t'auras intérêt à nous faire des paquets-cadeaux sans rechigner !

- Je serais heureux et comblé de vous accueillir dans mon humble boutique, Grand-Maître !

Un bref calcul mental me signala que l'affaire montait à 80.000 euros pour l'ensemble des jours ouvrables de la quarantaine. Sacrebleu ! Je sens que je vais aimer mes petites vacances forcées.

Un long silence s'installe alors, et ne sachant que dire à mes hôtes :

- Vous aimez les bretzels grand maître ? Je vous en ouvre une boîte ? »

Qu'avais-je dit ! Pourquoi ce soudain courroux, je sentais que l'ambiance redescendait d'un cran supplémentaire alors que l'innocente offre m'avait parue d'emblée alléchante. Pendant que le Président du premier État de la planète faisait sa tronche de cake, je regardais, avec dépit, ses hommes renverser mes tiroirs, tripoter mes petites affaires bien rangées. Ils ne trouveront rien ici, j'en suis rassuré.

Heureusement, nos copains canins et félins avaient eu le temps de se retrancher dans leurs galeries souterraines pour organiser la résistance. Des toutous et des petites chattes, tous savamment instruits par des connaissances d'un autre millénaire, ils ne savaient vraiment pas à qui ils avaient à faire ces zélés d'américains !


On était dans le potage jusqu'au cou …


Ainsi, nos petits résistants à quatre pattes, n'avaient rien trouvé de mieux que de faire sauter, durant la nuit suivante, toutes les places investies par les personnels les plus qualifiés dûment sélectionnés par les instances internationales. D'après les commentaires qui circulaient parmi les propriétaires les plus proches des installations reconquises, tout cela s'était passé calmement et aucun militaire ou scientifique n'avait subi la moindre violence grâce à des subterfuges malicieux planifiés par nos amis à quatre pattes (des invitations festives chez l'habitant : des découvertes gastronomiques, des défilés de lingerie fine, des concerts, des spectacles). Toutefois, je sentais poindre au bout du tunnel, de ce pitoyable camouflet à l'ennemi inquisiteur, au moins, une grave crise diplomatique, sinon une Troisième guerre mondiale. Nos DCA à protons, n'ayant jamais servi, étaient de nouveau remises en activité. Pollux et Lisa vinrent ce matin-là m'informer à grand renfort d'une télépathie simultanée et cacophonique que des installations secrètes étaient disponibles sous terre. De plus en plus collés comme des glues ces deux-là.

Donc, pour résumer, suite à la reconquête de notre territoire résidentiel, voici ces nouvelles installations. A l'annonce de la description de celles-ci, je n'eus que peu de difficulté à soupçonner fortement nos deux fêlés de l'espace d'y avoir largement contribué :

Le « tunnel sud-est » dit aussi « coin-coin », accessible à partir de la cave des Vieillefrance, menait directement à l'Élysée. Un petit train propulsé à l'hydrogène concentré transportait les passagers, en neuf minutes chrono et dans un silence le plus total, jusqu'aux cuisines élyséennes près de la chambre froide, là où sont ordinairement entreposées les têtes de veau persillées du Président français Cheerac (un nom de chien pour un président, ce n'est pas sérieux, enfin on ne va pas épiloguer là-dessus). Désormais, dépositaire des connaissances de milliers de civilisations bien plus avancées que la nôtre, c'était à juste titre que mon chien, dirigeait, telle une éminence grise, le cabinet présidentiel du premier homme de la République française. Depuis son arrivée, la France bénéficiait potentiellement d'une technologie de pointe à faire pâlir russes et américains réunis, et ceci uniquement, grâce à mon toutou devenu savant depuis ces événements !

Quelle ascension sociale pour un chien qui ne savait à peine donner la papatte à son maître, il y a quelques semaines de cela.

Merci les folles de l'espace. Je vous revaudrai ça à l'occasion.

Un deuxième Tunnel Sud, dit aussi « Spanking-Trolls », était disponible au pied du pylône de l'antenne collective. Celui-ci était accessible après reconnaissance des empreintes digitales (tous les habitants de la résidence y étaient mémorisés). Ce tunnel, nettement plus étendu, menait directement à la Mairie de Bordeaux. On ne sait jamais, en prévision d'une occupation d'une partie du pays comme en 1940 ! Il était équipé de wagons automatiques mus par une technologie extrêmement avancée et non compréhensible par nos maigres connaissances de terriens. Le trajet de 595 kilomètres s'effectuait très exactement en 22 minutes 33 secondes et 98 centièmes !

Voilà où nous en étions de cette indescriptible aventure !

A titre de curiosité, ce matin, j'ai emprunté ce second tunnel pour faire mon marché, Place des Quinconces, accompagné de Marianne ma charmante voisine, car je sais joindre l'utile à l'agréable lorsqu'il le faut. J'en ai profité pour faire un poil de lèche-vitrines rue Sainte-Catherine. Un peu plus tard, de mon hôtel face à la mairie, Marianne et moi, avons cru voir mon chien Cheerac sortir d'une limousine aux couleurs françaises, accompagné du suffisant Jouppey et de l'arriviste Brunicosi, ennemis politiques il n'y a pas si longtemps.

Les journalistes du monde entier, alertés par toute cette agitation médiatique et cette soudaine loufoquerie militaro-politique, dûment renseignés par nos plus proches villageois, comparent désormais notre résidence, cernée de contingents de militaires internationaux, à un village d'irréductibles gaulois, experts en potion magique, qui tels jadis, défiaient César et ses légions. Hélas, nous ne sommes pas dans une bande dessinée, il s'agit d'une réalité extrêmement palpable même si elle prend des formes extravagantes, en ce jeudi 12 août 2005 et en périphérie d'une petite ville du Val d'Oise. Les Gis de l'oncle Sam, accompagnés de différents corps d'élite européens, ont remplacé les Romains d'hier. Aux abords de notre résidence, en ville et même ses environs, campent désormais des unités militaires spécialisées ainsi que des régies mobiles de production et des cohortes de journalistes TV et Presse écrite venus des quatre coins de la planète.


L'objet sacré, tant convoité par l'oncle Sam …

 

L'ennemi, contre lequel il fallait protéger l'objet détenteur du savoir universel, était pour nous, en premier lieu, les Gis de l'oncle SAM, maîtres de l'équilibre géopolitique mondial, puis toutes les autres nations qui convoitaient avec avidité notre savoir militaire extrêmement futuriste. Ils ne devaient en aucun cas tomber sur cet objet capital. On peut mesurer aisément l'immense danger que représenteraient toutes ces nouvelles connaissances technologiques placées entre les mains d'apprentis sorciers qui en exploiteraient qu'une parcelle uniquement à des fins guerrières. On a tous en mémoire cette mythologique boîte qui contenait tous les maux de l'humanité. Notre relique sacrée, source d'un savoir universel, ne doit en aucun cas devenir une diabolique "boîte de Pandore".

Je dois préciser ici, qu'après avoir été confronté à cet incroyable objet, que celui-ci m'est apparu, à l'utilisation, être bien plus qu'un simple appareil à assimiler des langues, qu'elles fussent terriennes ou d'ailleurs. L'apprentissage de ces différentes langues n'était qu'un aperçu trompeur des réelles capacités de la chose. Chaque individu qui manipule ce miraculeux objet devient immédiatement le dépositaire de toutes les cultures présentes et passées ayant subsisté par delà l'univers. Le sujet prend alors possession de la somme de ces connaissances, à une vitesse exponentielle et sans aucun effort intellectuel. Il pourra ensuite les exploiter à sa guise en en comprenant toutes les subtilités. Moi-même, et modestement, après seulement quelques petites minutes de manipulations maladroites, je me suis aperçu que je m'étais mis à distinguer et comprendre pas moins de 5000 langues d'origine terriennes ou extra-terriennes. Dans le même temps, j'avais acquis les connaissances littéraires et scientifiques de ces civilisations respectives. Mon cerveau s'était instantanément reprogrammé à une vitesse vertigineuse sans aucun trouble sur ma mémoire, ni sur mes maigres connaissances passées. Par contre, mes capacités intellectuelles avaient réalisé un bon vertigineux comme si mon cerveau venait de se remodeler entièrement en une nouvelle structure optimale. À tel point que je suis actuellement capable de réciter d'un trait n'importe quelle page d'un livre ou le journal complet de la veille, sans aucun effort comme un vulgaire photocopieur qui duplique des feuillets à satiété. Mazette ! Moi qui ai tellement souffert dans ma jeunesse pour réussir de malheureux examens universitaires, me voilà en mesure de réussir trois agrégations consécutives les doigts dans le nez et en sirotant des cocktails sur la plage.

Ainsi donc, le public, la Presse à qui on ne peut rien cacher, bref, le monde entier, se passionnaient pour ces nouvelles réalisations technologies venues d'ailleurs et qui ont surgi en une seule nuit. Rien ne les arrêtait pour assouvir leur curiosité. Depuis notre bon vertigineux dans cette technologie du futur, nous étions la proie permanente d'un déploiement de stratégies diverses, de ruses variées pour nous soudoyer la moindre information. À la vue de ces réalisations avant-gardistes, nos radars galaxiens, nos DCA à protons, de tout cet arsenal créé, à une vitesse hallucinante, par de simples citoyens (comme ils pouvaient logiquement se l'imaginer, voire encore plus invraisemblablement, par des animaux familiers), ils se doutaient bien qu'un immense savoir s'était propagé dans notre microcosme. Mais quelle apparence et quelle forme cela revêtait-il ? Ils n'en avaient pas la moindre idée ! Ni les scientifiques détachés, ni la Presse, ni les populations voisines n'avaient le plus petit indice sur l'origine de cette fulgurante maîtrise technologique ni de l'ahurissante rapidité de nos réalisations. Ces innovations d'un autre millénaire étaient pour eux des objets d'investigation comparables à ce qu'avait été jadis la quête du Graal, ici, circonscrite à notre minuscule territoire. Cependant, cette recherche était sans grand espoir pour eux. En effet, seule l'armée US, auto-proclamée gendarme de la planète, était arrivée suffisamment en force pour s'imposer et diriger ces recherches.

Hors donc, depuis ces événements qui captivaient les foules, le mot « Graal » revenait en boucle dans les commentaires de la plupart des médias écrits et audiovisuels. A l'origine du mot, ce fameux conte dénommé « Perceval ou le conte du Graal » écrit par Chrétien de Troyes au 12ème siècle. Les chevaliers de la Table Ronde étaient en quête du Graal (le Saint Calice). En oeuvrant dans cette interminable quête, chacun d'eux était censé recevoir la révélation personnelle, celle de la lumière du Christ en échange du chaos initial qui régnait autour de leur misérable existence païenne et pécheresse. Cette mythologie celtique, a beaucoup frappé les esprits et perdure encore dans certains best-sellers et sous la forme cinématographique à l'exemple de la trilogie « Le seigneur des anneaux ». On peut même trouver des références en physique, où l'on qualifie la théorie de grande unification (Théorie du tout) de « Graal des physiciens ». Comme d'ailleurs, en génétique où la compréhension du mécanisme, par lequel les gènes contrôlent la physionomie des organes, serait qualifiée le « Graal des généticiens ». Et depuis, il y avait un nouveau Graal, le nôtre !

Depuis la médiatisation à outrance de nos moindres faits et gestes, nous bénéficions, à la télévision, d'innombrables émissions culturelles déclinant à profusion la thématique des quêtes du Graal ou les mystères des civilisations disparues : l'Atlantide, la terre de Mu, le fameux triangle sacré du Québec, la civilisation d'Akalal, etc.…

Cheerac mon admirable toutou à robe marron, était aujourd'hui, l'unique dépositaire du premier Graal réel de l'humanité. L'objet sacré fut placé dans une enceinte inviolable totalement dissimulée du monde extérieur. Une série de galeries furent creusées sous terre, jusqu'à 450 mètres de profondeur, assorties de très nombreuses impasses et pièges, tels les méandres d'une pyramide égyptienne. Cette exceptionnelle mise à l'écart rendait son accès impossible par n'importe quel moyen physique connu des terriens. Par ailleurs, ce « Graal » était gardé en permanence par trente prêtres assermentés, des pitbulls très racés ayant reçus chacun l'autorisation de porter l'arme suprême "le désintégrateur talmoïdien". Une arme redoutable dont le rayon d'action est presque infini, disposant d'une précision extrêmement fine de la sélectivité des cibles à atteindre. Enfin, l'arme n'envoyait pas de projectile, mais produisait un rayon destructeur mobile atteignant sa cible immanquablement.

 

Calme plat chez les rebelles terriens.


Aujourd'hui, dans la résidence des irréductibles Gaulois, il ne s'est strictement rien passé, à part, quelques tondeuses à gazon en activité et des cris de gamins enthousiastes, car ils jouent dans la rue quotidiennement depuis cette quarantaine "militaro-sanitaire" qui les prive d'école et, quelle terrible punition : de devoirs !

J'en ai profité pour faire une superbe grasse matinée. N'ayant plus de boutique à ouvrir durant plusieurs semaines. Ma célèbre librairie, rendez-vous permanent des intellos, des rêveurs, des glandeurs talentueux et d'élégantes lectrices qui souvent utilisent le petit coin salon de thé qui prolonge celle-ci, est désormais la seule boutique des galeries marchandes à arborer, rideau fermé, un superbe panonceau :


" Fermé pour cause de travaux

Réouverture prévue le 1er octobre 2005" .


Contraints par ces événements de premier ordre, nous sommes tous devenus, dans l'enceinte de cette petite résidence marquée du sceau "secret défense", des oisifs de luxe, ce qui nous laisse un temps fou pour organiser la résistance contre les envahisseurs, les curieux et les profiteurs assermentés.

À ce stade, il est important de rappeler que tous les résidents de notre minuscule place forte ne sont pas logés à la même enseigne, beaucoup ne comprennent pas ce qui leur arrive, pour la bonne raison qu'ils n'ont jamais été en contact avec notre divin Graal La mission que je m'étais assigné, entre autres, était de les renseigner de façon précise sur l'origine des modifications radicales qu'ils constataient journellement sur leurs animaux familiers, puis de les rassurer quant aux équipements technologiques qui fleurissaient dans la résidence. Enfin, j'essayais d'insister sur le bon côté de la chose, le gouvernement français s'était porté garant de nos carrières et nous recevions tous nos salaires grâce à un fond exceptionnel débloqué par le Ministère de l'Economie et du Budget. Afin de faire comprendre ce message, j'organisais fréquemment des réunions d'information chez l'habitant. Demain soir, le temps étant clément, nous serons tous dans le jardin des Lavoix pour discuter du rapport que nous pourrions avoir avec nos familles respectives.

Donc, ce matin, à peine mon petit-déjeuner avalé, j'ai vaqué à mes nouvelles occupations, il est vrai avec une façon de faire différente. Quelques billets tout neufs, reproduits à la perfection grâce à notre énorme avance technologique, m'ont rendu un appréciable service dans l'accomplissement d'un rêve de gamin : une splendide jaguar, dernier modèle "X-type" équipée d'un moteur v6 de 3 litres et d'un salon Louis XVI entièrement ciselé et doré, recouvert d'un tissu vert orné de fleurs "bois de rose". Le tout livré en Super-Frelon et en dix heures chrono grâce à l'amabilité du Chef des armées françaises sur les recommandations de sa nouvelle éminence grise.

Les tunnels secrets s'avèrent diablement pratiques et sont utilisés à satiété par l'ensemble de nos voisins. La consigne de ne jamais faire voyager d'autres individus qui ne soient pas de notre résidence, est respectée à la lettre. À l'extérieur, c'est toujours le blocus militaire et dorénavant de solides barbelés entourent notre paisible quartier. Nous sommes devenus pour les gendarmes du monde un groupuscule extrêmement dangereux capable de menacer l'équilibre de notre belle planète. Une nation bien contradictoire dans l'application de ses grands principes d'ordre moral, les pires excès étant souvent justifiés par un beau discours, une main sur le coeur, la Bible dans l'autre.

Dimanche, j'irai seul à la rencontre des deux folles de l'espace, Cheerac étant désormais injoignable à cause d'un emploi du temps de Premier Ministre et une liste interminable de courtisanes à satisfaire.

Pour ma part, de plus en plus, les questionnements suivants, me harcelaient :

- Étaient-ils au courant de la tournure qu'allaient prendre ces événements ?

- Quel usage avaient-ils fait, eux, du traducteur universel ?

- Qui sont-ils réellement ?

Voilà bien des interrogations qui, depuis le début de cette rocambolesque aventure, accumulant les bizarreries en tout genre, me taraudaient l'esprit de façon obsessionnelle.

 

Deux extra-terrestres en goguette...


Depuis que l'inquisiteur US nous imposait son ridicule blocus, toute sortie motorisée était devenue impossible à partir de la résidence. Nous étions ravitaillés par des largages militaires au contenu douteux. De toute façon, nous avions décidé de ne jamais toucher à cette nourriture. Nous nous nourrissions exclusivement de produits frais, acquis sur les beaux marchés aquitains ou parisiens grâce à nos deux lignes privées totalement inconnues de l'envahisseur.

C'est dans cette atmosphère très pesante que je décidais d'emprunter, sous l'emprise d'une déduction miraculeuse à moins qu'il ne s'agisse d'une suggestion télépathique, le "Spanking-Trolls" vers Bordeaux pour aller à la rencontre de mes deux extra-terrestres et si possible, revoir par la même occasion mon adorable toutou qui me manquait beaucoup !

C'était au moins la troisième fois que je prenais cette ligne privée, et je ne m'en lassais pas ! Ces voyages en environnement futuriste sont toujours aussi impressionnants. C'est dans un confort personnalisé, digne des plus grands palaces, que le trajet s'effectue. Revues, rafraîchissements, musique, récepteur TV personnel ainsi qu'une foule de gadgets de relaxation y sont à volonté. À peine assis dans nos fauteuils autant aérodynamiques que confortables, qu'une lumière bleutée envahie tout l'habitacle. Comme chaque wagonnet est indépendant, le départ est immédiat dès que le voyageur ou que la famille complète s'y soit installé. Il suffit d'appuyer sur le bouton « départ », dès que vous êtes prêt, comme dans un vulgaire ascenseur ! C'est dans un parfait silence et sans une seule secousse que nous voyageons. J'en profitais pour me servir une petite coupe de Champagne et m'adonner à la lecture de l'un de mes journaux favoris.

Arrivés à destination où nous débarquons, comme d'habitude sur cette ligne, par une porte dérobée, dans les toilettes publiques de la Mairie de Bordeaux, côté Dames. J'ai attendu quelques secondes avant d'actionner la susdite porte qui débouche dans le local dédié aux handicapés, un voyant nous indique la disponibilité du lieu sur notre télécommande individuelle (un gadget joint dans le wagonnet). Je salue, au passage, quelques jeunes femmes fort courroucées que je me sois approprié leur espace attitré et je me dirige énergiquement vers les salons de réception. On ne sait jamais, peut-être verrais-je mon compagnon d'hier en compagnie d'un carriériste politique de renom ou d'un membre important du gouvernement.

Figurez-vous qu'à peine franchi le seuil du premier salon, où une réception avait lieu, qu'un couple vint immédiatement à ma rencontre. L'homme me ressemblait étrangement. Bizarrement, j'avais noté que toutes mes imperfections d'être humain avaient été gommées. L'homme mesurait également sept bons centimètres de mieux que moi.

Éberlué, je m'arrêtai net, sur le marbre visiblement fraîchement lessivé, en dévisageant mon clone amélioré. Mais, c'est surtout vers sa compagne qu'allaient mes regards dubitatifs, cette charmante personne représentait mon idéal féminin, un fantasme complet de chair et d'os, moulé dans une robe de soirée invraisemblable. L'ensemble aurait mérité trois Hots d'or en une seule cérémonie à Cannes et, sans doute, les félicitations de Jean-Paul Gaultier pour cette originalité vestimentaire.

« Allons à cette table, pour discuter calmement ! » Me propose poliment mon clone Coeurmitien en m'indiquant de la main une table relativement isolée près d'une majestueuse plante verte.

À peine assis à leurs côtés que ce dernier répond, de suite, à toutes mes interrogations du moment.

« Votre étonnement est naturel, mon cher Coeurmit... Nous avons revêtu des hologrammes biologiques, qui modifient notre apparence extérieure afin de nous fondre dans la masse des humains et surtout nous permettre de goûter à des plaisirs enfouis dans notre mémoire collective depuis des millénaires ».

« Je vois ! » Fis-je émerveillé, en reconnaissant du coup, dans cette démesure, l'identité de mes deux folles de l'espace.

« Votre transformation est vraiment réussie ! » Ajoutais-je.

« Et tout ceci grâce à vous, mon cher ! »

« Comment ça, grâce à moi ? »

« Il y a quelques jours, vous vous interrogiez sur votre amnésie de six heures. Et bien sachez que ce temps perdu n'a pas été inutile, désormais nous possédons tous les trois le même patrimoine génétique. En fait, notre constitution organique nous permet de posséder plusieurs codes génétiques, dont le vôtre depuis cette fameuse intervention. C'est ce que vous appelez, vous, des séquences ADN. J'espère que vous nous excuserez, notre conduite n'ayant pas été très loyale ».

Pendant qu'Enkorun me faisait toutes ces révélations, je lançais des regards gloutons sur sa compagne.

« Vous vous demandez jusqu'où va cet hologramme, n'est-ce pas ? »

Me lâche la créature céleste en réponse à mon regard lubrique. Sitôt dit, sitôt fait, et sans la moindre exigence de ma part, la robe disparaît en un éclair et sa nudité, que je ne découvre, hélas que partiellement, me fait soudainement tressaillir. Ma langue se déroule hors de ma bouche comme un tapis persan et vient atterrir sur mon verre qui explose en une pluie de grêle multicolore puis retombe sur la table. Les deux compères spatiaux regardent, amusés comme des bébés, les morceaux de cristal éparpillés autour d'eux. J'en profitais pour remettre discrètement mes yeux qui s'étaient désolidarisés de leurs orbites d'origine. Plus gênant encore, ma petite nouille très sensible n'en finissait plus de s'allonger et de grossir, tel le nez de Pinocchio. L'excroissance fit sauter un à un les boutons de mon jean, puis la table s'éleva de dix bons centimètres et finit par renverser le peu d'objets encore intacts sur mes deux voisins. Tous deux se mirent à rire de bon coeur comme des enfants qui viennent de faire une bonne blague. Leur magie n'avait donc aucune limite, me dis-je après coup. Ces deux êtres sont vraiment incroyables !

Une fois nos esprits calmés, la discussion repris ses droits.

« N'ayez pas peur de la réaction de ces Américains, nous maîtrisons le moindre de leur excès guerrier. Leur technologie est tellement sommaire que même la plus puissante de leur bombe atomique ne fera pas plus de dégât qu'un pétard mouillé ».

« Nous savons que votre chien vous manque, mais sachez que dans ce scénario, qui aujourd'hui vous apparaît encore très obscur et dépourvu de toute logique, il joue un rôle extrêmement important. D'ailleurs, pour crédibiliser ses interventions, nous avons porté son Q.I à 260. De cette façon et avec la mine de connaissances encyclopédiques qu'il a acquis du fameux "Graal", tel que vous le nommez, aucune personnalité scientifique ou politique actuelle ne pourra le mettre en échec ».

« Depuis cette conversation et notre petite blague de collégien, vous-même, venez de gagner 50 points de Q.I, ce qui fait que depuis votre précédente manipulation du « Graal », votre quotient intellectuel que nous avions quantifié à 122 lors de notre premier examen, vient de se stabiliser à 230. Ainsi, en tant qu'homme de dialogue et de principal partenaire terrien, vous n'aurez plus à rougir dans les conversations mondaines. Votre esprit sera aussi vif qu'une gazelle et vous profiterez nettement mieux de vos nouvelles connaissances ».

« Nous devons également vous avouer, cher Coeurmit, que dès le début de notre rencontre, nous n'étions pas venus sur Terre pour notre satisfaction personnelle ainsi que nous l'avions prétendu auparavant. Nous sommes ici pour une raison bien plus importante. Par ailleurs, nous avons choisi de privilégier la mise en valeur des animaux de votre résidence pour mieux marquer les esprits par l'extravagance de la situation et renforcer davantage l'impact médiatique des bouleversements technologiques qui ont lieu dans votre résidence. Nous savons que cela facilitera grandement une prise de conscience des peuples de la Terre. Ces frasques technologiques aménagées dans votre résidence servent donc une toute autre cause. Vous en saurez davantage très prochainement !!! »

Cette dernière phrase m'était apparue comme une véritable énigme et sa portée m'échappait totalement. Mais Enkorun poursuivait ses explications avec tant d'empressement que je ne relevai pas dans l'immédiat, ni l'étrangeté, ni la portée de son propos.

« L'objet que nous avons mis à la disposition de votre compagnon "Cheerac" et que vous appelez improprement un « Graal » est une pièce unique dans l'univers. Même si vous y prenez un grand soin et que sa protection s'avère efficace, nous-mêmes, la surveillons assidûment. Tout déplacement dans un rayon de 1000 mètres autour de ce boîtier est contrôlé par nos radars. Nous pouvons, si nécessaire, guider au millimètre près l'un ou l'autre des trente désintégrateurs, confiés à vos "prêtres assermentés", sur un intrus quelconque qui souhaiterait s'en emparer. La « Matrixhumanoid », tel est son vrai nom, est notre bien le plus précieux, elle nous a été léguée lors de notre création. Tout notre savoir provient d'elle ! Mais patientez encore un peu, bientôt vous en saurez davantage»

« Mon cher Coeurmit, je vous abandonne à ma femme qui aurait quelques faveurs à vous demander… !?! ».

 

C'était une belle journée, j'allais me coucher …


J'avais passé une nuit mémorable avec « Keleotrenoronpa », femme qui possédait tous les atouts de la féminité : humour, charme, esprit, complicité, expertise et grâce. Ses besoins sexuels étaient tellement immenses qu'il me fallait envisager minimum quarante-huit heures de sommeil, afin de récupérer mes esprits et ma santé.

Je peux vous affirmer que les prouesses de l'hologramme biologique sont confondantes de réalisme. En fait, le sujet est totalement remodelé de l'intérieur comme de l'extérieur, seul le cerveau qui ne dispose que d'un seul ADN permanent, est totalement isolé de l'hologramme. Il décide lui-même de quelle enveloppe il veut se parer, en activant l'un des patrimoines génétiques stockés dans une zone de mémoire spécifique. Toutes les cellules du corps restant sont alors ré-encodées et transformées instantanément. Pour me faire plaisir et décupler le sien, ma compagne céleste s'était transformée trois fois. L'une en « Arexpopulus » femme d'une civilisation très éloignée, géographiquement et temporellement de la nôtre, mais à l'allure quasi humaine, hormis ce troisième sein et ce bassin inversé. Puis en « Calefaity » une créature nettement plus souriante et experte que la première. Et enfin, cerise sur le gâteau en « Marilyn » réplique exacte de l'idole de ma jeunesse telle qu'elle était à l'époque de « Chéri, je me sens rajeunir » tourné en 1952 ou « Les hommes préfèrent les blondes » sorti en 1953. Avec ces deux classiques, on la voit pour la première fois en blonde platine : une marque de fabrique, qu'elle ne quittera plus désormais. Sachez, amies lectrices, que pour l'homme traditionnel, la blonde est un fantasme permanent. D'ailleurs au Québec, ils ne s'y trompent pas, le mot « blonde » est un terme pour désigner une femme en général quelle que soit la couleur de ses cheveux. Ah… des gens pleins de bon sens, ces Québécois !

Attristez-vous, chers terriens, l'hologramme biologique n'est pas intégré dans nos corps humains. Notre cerveau ne dispose pas de cette fameuse zone, une sorte de cortex tri-dimensionnel gérant l'ensemble des molécules du corps comme chez nos deux créatures. Elle fera, peut-être partie d'une évolution ultérieure, chez le terrien, d'ici 1.000.000 d'années terrestres ! Cependant, il est fort à parier que nous n'irons pas jusque-là. Enfin, quoi qu'il en soit, c'était l'explication que m'avait formulée ma céleste compagne d'une soirée et je n'avais aucune raison de la contredire.

Après ces longues joutes sexuelles, je n'avais qu'une hâte, retourner dans mon confortable logis, car j'étais vidé à l'extrême et sans force. Dès que l'occasion se présenta, je remerciai plus que chaleureusement ma partenaire qui semblait attristée par mon envie pressante de repos. Rendez-vous compte que cette charmante extra-terrestre n'avait goûté à de véritables plaisirs charnels depuis bien des lustres. Il était 9 Heures du matin, je la laissais donc frustrée d'en avoir davantage et je revins vers les toilettes collectives de la Mairie de Bordeaux, je franchis la porte dérobée, longea le couloir vers le petit quai d'embarquement, puis m'empressais de monter dans le module disponible. Arrivé à destination, en passant par mon garage, je caressais distraitement ma jaguar couleur vert olive qui n'avait que douze malheureux kilomètres au compteur et me jeta sur mon lit pour enchaîner les heures de sommeil jusqu'à la réparation totale de mes capacités physiques…

 

Zzzzzzzzzzzzzzzzzz !!!


De longues heures s'égrenèrent ainsi. J'ouvrai d'abord un oeil, l'autre restait irrésistiblement fermé, j'essayai avec peine de me lever mais c'était impossible et je décidais après chaque tentative infructueuse de prolonger mon sommeil.

.

... Toute la planète était devenue hostile, une nuée de soucoupes volantes fortement armées s'abattait sur nos villes. Des rayons lasers multicolores déchiraient la nuit, en traçant sur le sol d'immenses crevasses d'où jaillissaient le feu, l'enfer et les diables.

Des hordes de chiens errants dépeçaient tout ce qui vivait sur leur passage. Il subsistait encore quelques humains sous terre. La vie terrestre essayait de reprendre quelques forces, mais le moral n'y était plus. Les vivres menaçaient de manquer. On redoutait le jour où nous devrions remonter à la surface pour nous alimenter. Et les nouvelles qui arrivaient, grâce aux câbles téléphoniques encore en usage, n'étaient pas réjouissantes. Une colonie complète d'humains sous la ville de Puteaux avait péri broyée par un engin souterrain ressemblant à un immense ver de terre métallique. C'était la fin, la race humaine allait disparaître comme ça, en cette année noire de 2005 après J-C, à cause d'un tire-bouchon et faute de nourriture, de soleil et d'espérance.

Un rayon de soleil, à travers les rideaux de ma chambre, me fit de nouveau ouvrir les yeux, d'après les indications de mon réveille-matin digital, nous étions le jeudi 19 septembre 2005, il était 14h, et je venais de dormir 26 heures !

... Je décidais, d'entreprendre notre première expédition à la surface avec les meilleurs hommes de notre maigre colonie. Armés de pelles, de pioches et de quelques bâtons de dynamite, nous progressions lentement dans la croûte terrestre vers l'air libre. Cela faisait déjà 45 jours que nous n'avions revu le ciel, ni respiré de l'air pur. Un immense bloc de béton, freina notre ardeur à l'ouvrage, il fallut le contourner. L'équipe était complètement exténuée, même si nous avions appris durant ces longs jours d'obscurité à respirer très lentement et à gérer nos forces, nous devions maintenant reprendre notre souffle. Marcel le plus costaud de la troupe, fidèle compagnon âgé d'à peine 35 ans, nous quitta subitement alors qu'il jetait, pour la millième fois, sa pelle sur les derniers mètres cubes de terre qui nous séparaient du ciel.

 

C'était une belle journée, j'allai enfin me réveiller …


Nos derniers coups de pelles étaient désespérés, mais la proximité de notre objectif final et l'ivresse de respirer de l'air pur, décuplèrent les ultimes forces qui nous restaient. C'est finalement Manuel, le plus jeune d'entre nous, qui eut le plaisir d'ouvrir la première brèche. La lumière du soleil emplissait tout le ciel, elle nous rendit aveugles quelques instants. C'était le plein jour sur terre …

De multiples zébrures de clarté éblouissante égayaient les murs face à ma fenêtre et en pénétrant dans ma chambre, cette même lumière aveuglante, acheva finalement de me réveiller. J'étais en superbe forme, j'avais dormi 44 Heures presque consécutivement. Il faisait extrêmement beau dehors car j'entrevoyais le bleu profond du ciel à travers les voilages semi transparents de ma fenêtre de chambre.

De mon lit, j'entendais Ragnagna apostropher sévèrement le pauvre Chouny.

« Regarde-moi ça, gros dégueulasse, t'as encore renversé ta pitance sur la sciure ! »

« Et toi, tu t'es vu quand tu fais de la roue… On dirait une patate germée dans une essoreuse ! »

Deux mètres séparaient désormais les cages de mes deux rongeurs, encore épris l'un de l'autre visiblement. Je ne m'étais pas trompé en leur offrant un peu d'indépendance. Leurs nuits étaient nettement plus calmes, pour eux comme pour moi d'ailleurs. D'ici quelques jours je les remettrai ensemble, pour une nuit, dans leur cage nuptiale afin d'assurer le strict nécessaire hygiénique.

« Trou du cul ! »

« Salope ! »

La vie avait repris ses droits et moi, je sautais gaiement de mon lit pour profiter d'une douche revigorante et oublier cet étrange rêve.

On dit parfois que les rêves sont prémonitoires !

Amabilité de voisinage


Frotté, lustré et parfumé comme un sou neuf, je décidais de m'extraire du logis pour aller aux nouvelles du front. La famille des hamsters au complet potinait télépathiquement avec la préposée des PTT, une aimable jeune-femme d'origine malgache, au corps harmonieux et musclé, toujours fort coquettement mise. Depuis le blocus, nous avions un accord tacite avec l'armée d'occupation, notre factrice pouvait se déplacer seule dans la résidence pour y déposer les colis et courriers du jour. Lesquels, bien entendu, ayant été passés au crible des détecteurs par le fort zélé occupant. C'était elle qui nous révélait les anecdotes vécues à l'extérieur de notre microcosme rebelle, par les villageois de notre bourgade et bien au-delà. Elle n'était évidemment pas au courant de nos tunnels et de nos sorties presque quotidiennes.

Alors que je m'occupais à extraire aux forceps le contenu de ma boîte aux lettres, j'entendais toute la discussion autour de l'attroupement qui n'était qu'à quelques mètres de moi. Ainsi l'armée de l'oncle Sam réquisitionnait les maisons alentour pour l'hébergement de ses rangers les plus gradés. Beaucoup de familles abandonnaient provisoirement leur bien à l'occupant tellement ceux-ci étaient malappris, grossiers et menaçants. D'autres n'avaient pas voulu abdiquer devant l'ennemi. C'était le cas de notre boulanger et d'une institutrice du primaire. Les familles qui acceptaient de laisser leurs biens à l'ennemi d'occupation étaient logées gratuitement par l'État français dans de somptueux appartements du domaine public, ceux-là mêmes que les ministres et autres élus occupaient à l'année dans le département. J'appris également, qu'un petit avion-espion, que l'hélicoptère ravitailleur et qu'un satellite militaire avaient été détruits par les mini-missiles de nos batteries au proton. En ce qui concerne l'hélicoptère ravitailleur, je n'avais aucune difficulté à le comprendre. Après analyse, nous nous étions aperçus que toutes les victuailles qu'il nous déposait, contenaient des doses significatives de tétrodétoxine selon les divers échantillons que nous avions fait analyser par un laboratoire indépendant bordelais.

J'appris encore, mais cette fois-ci de la bouche de mes chers compagnons résistants, qu'un immense champ magnétique et invisible rendait désormais inviolable l'espace aérien au-dessus de nos maisons, et s'étendait jusqu'au sol tel le verre d'une boule à neige, célèbre souvenir kitsch de notre enfance. Ce nouveau procédé d'auto-défense nettement plus pacifique avait reçu l'aval unanime des familles qui peuplaient notre îlot d'irréductibles. Une brèche, de quelques mètres carrés, dans ce champ de force était permise pour les visiteurs autorisés à l'entrée de notre résidence. A cet effet, un gros buzzer rouge avait été placé à disposition de ceux-ci en guise de sonnette avec la mention « Appuyez-là pour entrer – Sélection probable » ! En conséquence, toutes nos batteries au proton et notre artillerie légère, devenues inutiles, avaient été secrètement téléportées et disposées à des endroits stratégiques de la ville de Bordeaux, en une seule nuit et sans qu'aucun être de notre résidence n'y soit engagé physiquement. Il était évident, désormais, que nos amis extraterrestres y étaient pour quelque chose.

« Monsieur Coeurmit, comment allez-vous ? » Me lança madame Mesnard qui se joignait au petit comité. Une bien jolie personne ma foi, toujours courtement vêtue et dans des tons chatoyants. Elle arborait systématiquement une chevelure flashie, à tel point qu'on eut cru qu'elle portait toujours la perruque festive. C'était également la plus coquette des dames de ces lieux et ne portait que des vêtements très tendances, et parfois même, du Sonia Rykiel ou du John Galliano.

« Toujours pareil, chère madame ! Je révise d'arrache-pied pour l'émission Question pour un champion ». Peut-être aurai-je la chance d'être convoqué avant la fin de l'année ! Elle était l'une des rares personnes à être peu renseignée des bouleversements concernant notre petit quartier. Cette célibataire « Maître de Conférence à l'université de Paris VIII » avait deux enfants en bas âge et ne se libérait que rarement pour nos réunions d'information tant elle était prise par ses recherches. Comme elle ne possédait ni animaux, ni compagnon et encore moins de télévision, tout cela l'indifférait passablement. Elle était toutefois, suffisamment intelligente pour appréhender la problématique et se faire une idée précise de notre étonnante situation en glanant quelques informations dans des conversations avec ses plus proches voisins.

« Comme je vous l'avais déjà dit, ce serait tellement plus facile avec un partenaire de jeu… Vos révisions seraient plus efficaces, passez donc à la maison me voir, j'ai toujours quelques minutes de liberté vers 15 heures au moment de la sieste des petits. Et depuis que nous sommes cantonnés dans cette foutue quarantaine à domicile, j'espère même vous avoir à dîner très prochainement ! » Me lança-t-elle sans la moindre hésitation et avec un brin d'inconscience feinte ».

Je lui répondis que l'offre m'apparaissait séduisante et que je ne manquerai pas de d'accepter son invitation dans le courant de la semaine. C'était effectivement une très bonne journée…

 

Un bien lourd secret…


En triant mon courrier, je repérais une lettre au cachet de l'Élysée, Cheerac, mon regretté toutou, devenu éminence grise m'écrivait.

 

« Cher Maître, cher Coeurmit,


Depuis la venue sur terre de nos deux attachants extra-terrestres, les événements se sont précipités. J'assume, comme vous le savez, des fonctions de haute responsabilité, tant à l'échelon national qu'international. Je puis vous dire, d'emblée, que je regrette amèrement ces années d'insouciance à vos côtés où je jouais innocemment à la baballe, au bibelot baveux et aux feintes bagarres. Des moments de pur bonheur qui seront inscrits à jamais dans ma mémoire.

Mais, voici l'objet de mon épître.

102 nations de tous les continents, sont sur le point de ratifier un projet d'avenir commun de la plus haute importance. Nous avons posé comme principes fondamentaux, la disparition de tous les nationalismes dans les pays signataires. La suppression de tous les budgets militaires de nature offensive. La mise en commun des ressources naturelles, ainsi que leur partage équitable, pareillement pour notre technologique militaire et leurs financements respectifs. D'autres mesures secondaires, comme l'harmonisation des fiscalités ou du droit de la famille suivront ou, accessoirement, l'interdiction du port en public de tout vêtement identitaire trop connoté ou de signe ostentatoirement religieux car créateur de polarité conflictuelle dans les sociétés, mais là n'est pas mon propos.

Nous avons besoin de vous, cher Maître, pour un poste de la plus haute importance, celui de « Ministre de l'Alliance » chargé des relations diplomatiques entre notre projet d'alliance et les représentants des pays encore récalcitrants à voir leur autonomie à ce point réduite. Parmi ces pays à convaincre, figurent les USA, certaines nations européennes, l'Arabie saoudite et la Chine.

Cette mission est bien entendue capitale pour l'avenir de notre planète et de l'humanité. Pour vous motiver dans votre décision, je vous livre un secret dont nous ne sommes désormais les deux uniques dépositaires terriens. Des événements très pénibles, disons même catastrophiques, ont lieu actuellement dans différentes galaxies peuplées de vie comparable à notre civilisation humaine. J'ai pu observer ceux-ci, de près, en compagnie de nos deux amis extra-terrestres. Notre destin en tant que terriens est désormais compté et notre seule chance de survie est de réunir rapidement toutes les forces vives de cette planète dans l'éventualité de palier, avec le maximum de réussite, à une catastrophe humanitaire majeure, voire au pire, la disparition de toute vie sur Terre. À cet effet, j'ai mis à la disposition des pays signataires des documents scientifiques et technologiques qui améliorent l'efficacité des transmissions militaires actuelles, ainsi que d'autres nouveautés technologiques perfectionnant la détection des mouvements aériens et accroissant nos forces d'auto-défense.

 

Votre dévoué Cheerac ».

Affublé d'un Q.I. de 260 et de connaissances démesurées grâce à la fréquentation assidue de cette "Matrixhumanoïd", j'étais fier de la façon dont « écrivait » mon chien. Mais la joie de recevoir des nouvelles de mon Cheerac fut de courte durée tant la teneur de ses propos me laissa dubitatif. Je repensais aux visions cauchemardesques de cette nuit. Ce mauvais rêve serait-il vraiment prémonitoire ?

Un argument de poids...


Alors que j'officiais dans mon rôle de bon père de famille en blaguant avec Chouny et Ragnagna.

« Coeurmit pourrais-tu nous ajouter quelques friandises, s'il te plaît ? »

Ragnagna utilisait sa voix télépathique la plus mélodieuse lorsqu'elle avait des envies urgentes à satisfaire.

« La nuit a été longue, nous manquons de force » Ajouta Chouny d'un air complice.

C'était parfaitement inutile de me le dire, à la vue de leurs mines et de l'état de la cage nuptiale, je savais qu'elle avait été leur principale occupation. En effet, chacun de mes petits rongeurs avait sa propre cage et je libérais un accès vers une grande cage commune, uniquement sur leur demande conjointe. Ils raffolent des fruits séchés et des petits cubes d'aubergine, voilà qui fera très bien leur affaire pour le menu d'aujourd'hui.


Pendant que j'oeuvrais au repas des rongeurs, le carillon de mon portail en chêne massif, se mit à ébaucher les premières notes du nouveau tube d'Emma Maudas, une artiste très en vogue actuellement.

Je jetais un oeil très furtif par la fenêtre de la cuisine. Le Président des Etats-Unis, himself, gesticulait dans tous les sens contre mon portail. Apparemment, il avait l'air d'être un poil remonté. Comme d'habitude, le chauffeur avait laissé sa limousine à rallonge comme un plouc en pleine chaussée, empêchant toute manoeuvre de véhicules alentour.

« T'ouvres ta porte, bouffeur de grenouilles ?

- Ça va, ça va, j'arrive !

- Que puis-je pour vous Majesté ?

- Faut qu'on cause… »

Il franchit gaillardement le seuil de la porte qui jouxte mon salon, accompagné d'un seul faire-valoir portant religieusement un attaché-case noir, et suivi d'une personnalité d'origine chinoise vu son uniforme et son teint caractéristique. Il s'assied nerveusement en face de moi, puis les deux autres font de même sur les chaises disponibles.

« Ouvrez la mallette, Georges ! »

Il y avait là plusieurs voyants multicolores et au centre un gros bouton rouge arborant le dessin de la souris fétiche de Walt-Disney. J'ai tout de suite adoré sa valise très personnalisée !

- Vous voyez ce bouton rouge ?

- Oui Sir, celui avec le petit Mickey ? Fis-je émerveillé !

- Vous êtes toujours aussi marrants, vous les français ! 

- Je n'ai qu'à appuyer dessus et Boum ! Une pluie de bombes atomiques s'abat sur la France ! Continua-t-il, dans sa lancée, en faisant des grands gestes de sourd ou de malentendant.

- Ah bon !?! J'essayai de paraître le plus ému possible, mais je sentais un gros éclat de rire m'assaillir. Il n'eut pas le temps d'exploser, mon esprit avait déjà zappé en se remémorant les derniers mots prononcés par nos deux aimables extra-terrestres « ne craignez rien, nous maîtrisons la situation… ».

- Mais pourquoi vous adressez-vous à moi ?

- Arrêtez de finasser Monsieur Coeurmit, nous ne sommes pas dans un show télévisé et ma patience a des limites !

Il faut vous dire que depuis fort longtemps, j'étais la proie facile de plaisanteries fines, plus ou moins relatives au fameux Kermit du Muppet's Show.

- Je sors à l'instant de l'Élysée et c'est bien vous le ministre de cette nouvelle Alliance. Un comble pour un pays aussi ridicule que la France ! »

 

Relations publiques...


Damned, j'étais démasqué, mes fonctions diplomatiques prenaient effet à cet instant même.

« Une petite cannette de coca-cola, Sir ? Essayais-je, subitement investi dans mes nouvelles attributions.

- Un petit Cognac… Firent-ils, comme un seul homme, mêlant leurs voix enthousiastes, leur doigt pointé sur la potion du même nom qui trônait derrière la vitre de mon bar.

- Certainement et avec plaisir ! C'est du Napoléon Hors d'âge, élevé et mis en bouteille par un petit producteur renommé des Charentes.

Les hostilités étaient retombées subitement, la température ambiante correspondait à celle qu'indiquait mon baromètre thermomètre : 19 degrés Celsius - Beau fixe.

- Vous n'auriez pas des rillettes et du foie gras ? Me fit le Président junior, apparemment un peu gêné et du bout des lèvres. »

J'avais apparemment remporté ma première bataille diplomatique et je me dirigeais, d'un pas assuré, vers ma réserve du patron, celle des grandes occasions. Sachant disposer de provisions gastronomiques pour un long siège, je dressais sur la grande table du salon, face à mes invités fort intéressés, deux belles pièces de Farigoulette, un pain craquant et délicieux comme une friandise, un gros pot de rillettes du Mans, un foie gras d'oie entier fait maison de la région du Lot, la fameuse bouteille de Cognac Hors d'âge que j'avais ramenée de Saintes et une belle cruche d'eau fraîche.

Un silence religieux régnait durant cette petite collation improvisée. Le contentement était général et j'avais la situation bien en main. Tant de réussite dès mes dix premières minutes de négociation, voilà qui était prometteur.

« Je prendrais bien un petit Grave rouge ? ». S'exclama le chinois, le couteau de nouveau à l'assaut de mon pot familial de rillettes. Connaissant ma cave sur le bout des doigts et aidé par mes nouvelles capacités neuronales, je demandais à mon interlocuteur s'il préférait, un Château de Fieuzal 2001, ou un Château Villa Bel Air en millésime 2000. L'un de ceux-ci ferait merveille en une telle occasion argumentais-je !

« Fieuzal ! » répondit avec empressement le chinois.

Le Président junior s'était servi trois fois de mon élixir charentais, avait largement goûté le Fieuzal. Les estomacs et les palais étaient satisfaits, la conversation allait pouvoir reprendre, je le pressentais aux mines de mes hôtes qui s'assombrissaient progressivement.

 

Pas si facile de manier l'art de la diplomatie !


Le chinois essuya la lame de son laguiole en bois d'olivier à l'aide de l'une des serviettes en papier mises à la disposition de mes convives. Puis, il fit de même sur les commissures de sa bouche d'un geste lent et méticuleux. Enfin, comme pour se donner du courage, il finit son verre de Grave rouge d'un geste précipité et rompit le premier la trêve gastronomique.

« Monsieur Coeurmit, vous êtes un interlocuteur de qualité, vous saurez comprendre notre désarroi ». Il s'exprimait dans un Français très convenable et sans la moindre hésitation. Je devinais facilement, à l'écouter, qu'il avait dû suivre des études de français d'un très bon niveau ou qu'il appréciait énormément la littérature française.

« Qu'est-ce que cette nouvelle alliance peut bien avoir d'exceptionnel ? » Continua-t-il.

J'étais au pied du mur, la réponse que j'allais formuler était déterminante pour la crédibilité du projet à défendre. Dans un premier temps, je décidai d'avancer à l'inspiration et dans l'improvisation la plus totale, avec des arguments économiques et budgétaires.

« Vous le savez, toutes les économies nationales sont sur les genoux à quelques rares exceptions près. Les déficits budgétaires sont toujours en progression. Il est urgent de réorienter nos finances publiques. La misère du tiers-monde fait échouer des millions d'individus dans nos pays prétendus riches. Nous devons songer à abandonner totalement nos modes de fonctionnement moyenâgeux. Nos frontières sont aujourd'hui illusoires et anachroniques et le pire, c'est que nos économies nationales persistent dans cette aberration. La seule solution, vous le savez, réside dans la mise en commun des ressources de la planète, dans le partage équitable de celles-ci et surtout dans l'abandon définitif de tout budget affecté à la construction et au déploiement des armes offensives ainsi que la mise au placard définitive des armées nationales et de quelques instances internationales sans grand intérêt et inévitablement gouffres à pognon. Ces crédits seront nettement plus profitables pour créer du tissus économique ou pour la reconstruction planétaire, notamment en les affectant dans le traitement des pollutions qui perturbent notre équilibre climatique… »

Leurs mines n'avaient pas l'air de se détendre et les visages s'assombrissaient au fur et à mesure de mon discours improvisé.

« Sale coco …! On vient à peine d'en terminer avec les communistes que vous nous réservez déjà du nouveau manuel socialo. Vous croyez sincèrement que les régimes staliniens de Cuba et la Corée du Nord sont encore des modèles d'avenir ? » fit le Président junior en tapant du poing sur ma belle nappe du dimanche. Le Chinois exécuta, à ce moment, une grimace dédaigneuse tout en regardant en biais le Président des Etats-Unis au visage devenu subitement violacé de colère. Hélas, il était maintenant indubitable que ma petite tirade n'avait pas plu et tous avaient l'air complètement catastrophé par ce discours.

« Rassurez-vous, Cher Président, l'identité géographique et historique des pays sera préservée, l'économie de marché et la liberté d'entreprendre seront maintenues. Ce ne sont que les finances publiques et celles des instances internationales qui seront réorientées ».

Je savais que les sacrifices allaient être beaucoup plus radicaux, mais la pilule devait passer car la température ambiante et celle de mes interlocuteurs grimpaient dangereusement vers le rouge.


[ Suite 2 ... ]
[ Suite 3 ... ]


Accueil jeux litteraires